Le Blues du Cierge

Dans le cramoisi du soleil couchant

l’ange frère tend son oreille de verre soufflé par delà le mur d’éternité
diffusant mon fiévreux bœuf de vieux rade

Elle fit son entrée, dépouillant les murs surannés

chevauchant un balai d’éclair indompté

elle m’entraine jusqu’au pont de la lune à demie-noyée

puis nous gagnons les beaux quartiers où
valsent les popotins d’héritiers à six chiffres par dessus les buffets en feu

et je baratine toute la nuit dans cet infernal Paradis.

 

Haletants dans l’orgasme d’Emerald City
attendant sous sa peau mate de gitane, cocktail léger, festin, dans l’ignorance

de la bête en fuite 
quelqu’un fit un appel de phare - ils formaient un couple sublime  

alors que nous servions notre sueur 
aux dieux torrides au son du clairon, appel de la dernière chance d’un amour aux abois
mon cœur déguenillé de marin cabriolant une gigue jusqu’à la porte

où les raides et boueuses falaises lèchent leurs côtelettes et plus encore…

Durant la descente 
le diable en blouse de lin blanc sert un vin à l’obsession rouge sombre

avant que le flamboyant flambé coco aux branches marron clair ne vole ma grimace

une mouche enchainant les saltos arrières dans le pot de miel.

La mer de lave cuite

un million de miles au loin

un navire rouillé gémissant et craquant comme une épidémie écarlate

suppliant qu’on le libère des dernières ondulations de la rade de touche-touche.

 

Tu savais depuis toujours prophète des rondes sublimes
que ma ballade se jouait dans une forêt maudite
je rend les armes cher Monk dans la triste nuit de samba.

Ce vent m’emporta par dessus les montagnes
m’éjecta de ma préhistorique planque juvénile  

grotte pavée cramée.


au piano bar tu me jouais de tonitruants accords
jusqu’à ce qu’une chandelle de minuit empoigne les ombres

un feu de camp descendu en flammes
nous rampions tels de doux escargots divins jusqu’au jour limpide-comme-une-cloche

 

Scintillant à travers le bleu foncé de la fumée

où l’ange rouge du sunset tombait dru, éblouissant d’une grâce indomptée

des cendres

descendant dans un dernier tressaillement d’amour moribond

applaudissant l’appel du rideau roussi

"vis ! vis !" cria t-il de son perchoir bongo dans la rue céleste

 

de brûlantes braises oranges s’éteignant dans la brise algide

les mots ne parlerons plus de nous
à moins que la foi n’ait trop de temps pour distribuer d’étranges tickets de train.

 

Ce songe de minuit joué à la harpe
de tristes violons détournant d’innocents rêves
forçant la main de vœux enrobés de violet.

 

Dans ma secrète chambre obscure
le blues du cierge…

murmure le souffle d’un vent du large.

Poème Michael D. Amitin et Charlene Garcia
Traduction Lionel Roudet
Photographie Julie Peiffer