4 du mat dimanche bleu zen

4 du mat le micro de glace crache un Dixieland band chaud bouillant

curling tourbillonnant devant le bulbeux casque du flic
un lampadaire suspendu à mi-hauteur d’un mur postal.

Les clarinettes montent en puissance les trompettes ululent

les anges de la nuit oubliée
dansent sur le pont maussade des boulevards fiévreux

dans leurs miteuses bottes à mi-temps.

 

Le marin bouscule le gel mordant

le suc de son vaisseau dragon brûle un trou dans l’enseigne lumineuse

vent bleu

les portes battantes du Shanghai Paris Beauté 

balancent des lunes de glace mortes.
Je couve une bulle chaude au sommet d’un ragoût de néon rouge

quatre étages au dessus et hors de ce monde

observant le tourbillon.

 

Les mômes Roms planqués dans l’attente d’un coup à faire dès l’aube

doivent plaire au marlou en chef et son sourire mielleux
l’homme bien comme il faut demande quel est le problème

se prend un bon coup de dents

le hurlement perce. 

 

Cervantes a dit que les Gitans étaient nés pour la rapine
mais qui a t-il volé lui ?

ce soir j’aimerais allumer un ardent feu de rue

pour une barcarolle, un rêve, une sarabande envolée,

un triste trombone chevauchant l’air d’avant-l’aube.

4 du mat cette même heure à laquelle j’ai reçu ton message disant appelle-moi

et je sus que notre chance avait tourné mon frère

cet appel au coutelas me perçant les boyaux

le destin avait découpé un méchant tour de passe-passe
tu n’étais pas censé devenir Dick Deadeye
dernière âme de ma flottille familiale
engloutie par les flots mauvais.

 

C’était pas une promenade toi et moi
ça allait mieux lorsque nous nous tenions côte à côte

affrontant les dépouilles sous les pluies de cimetières.

 

4 du mat orphelin essoufflé de lumière bleue

toisant au loin un rivage décharné
le glaçage d’un orchestre Dixie de nouvel an plié et parti

parlez-moi d’amour tintinnabule le piano

sous les scintillantes étoiles nomades.

Poème Michael D. Amitin
Traduction Lionel Roudet
Photographie Julie Peiffer
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